virginia woolf

 

Biographie

Née à Londres, dans une famille riche et influente dans le monde littéraire, Virginia Stephen voit ses frères intégrer des écoles privées puis partir pour de grandes universités, tandis que ses sœurs et elle reçoivent leur éducation à domicile. L’année de ses treize ans, sa mère décède d’une grippe. Cet événement causera le premier des nombreux épisodes dépressifs qui ponctuèrent sa vie : Virginia souffrira de ce que sa famille qualifiait de « folie », et que les psychiatres reconnaissent aujourd’hui comme de la bipolarité. Deux ans après le décès de leur mère, ses sœurs et elles finissent par intégrer la section de l’université londonienne du King’s College réservée aux femmes. Virginia devient vite une figure centrale du « Bloomsbury group », un groupe d’intellectuels et écrivains qui réunissait John Maynard Keynes, E. M. Forster, Lytton Strachey et celui qui deviendrait son époux, Leonard Woolf.

 

Virginia Woolf assiste à l’avènement du XXe siècle et de l’extraordinaire développement qui l’accompagne – elle témoigne dans son écriture des changements qui affectent l’urbanisme, la consommation et la vie familiale dans cette nouvelle ère qui, de fait, a besoin de nouveaux écrivains capables de l’appréhender. Dans un essai intitulé Oxford Street Tide, elle écrit : « Le charme du Londres moderne est que la ville n’est pas bâtie pour durer, mais pour n’être que de passage » (‘The charm of modern London is that it is not built to last; it is built to pass’). Avec Joyce et Proust, entre autres, elle fait partie des écrivains qui partent à la recherche de formes littéraires pouvant retranscrire avec justesse ce frisson qui agite le XXe siècle, mais aussi la complexité de la conscience moderne. Ainsi, on retrouve dans l'ensemble de son œuvre autant de procédés chers aux modernistes : l’utilisation du courant de conscience, du monologue intérieur, la multiplication des points de vue, les distorsions temporelles... Le langage doit ainsi pouvoir refléter la précipitation et l'encombrement de ce nouvel âge, autant que les confusions, vulnérabilités et sensations physiques de l'individu qui s'y construit.

 

C'est pendant les années d'entre-deux-guerres qu'elle rédige quatre de ses plus grandes œuvres :  Mrs Dalloway (1925), La Promenade au phare (To the Lighthouse, 1927), Orlando (1928) et le court essai Une chambre à soi (A Room of One's Own, 1929). L'histoire de Mrs Dalloway retrace la journée de Clarissa Dalloway, une femme étourdie et discrètement tourmentée, qui doit organiser une soirée mondaine. Le roman se déroule durant cette seule journée, et voit s'entrecroiser les réflexions bousculées de Mrs Dalloway et le chaos intérieur du vétéran traumatisé Septimus Warren Smith. Par un coup de maître de l'auteure, le roman qui s'ouvre sur une situation pleine de banalité – et auquel on doit l'un des plus célèbres incipit de la littérature « Mrs Dalloway dit qu'elle irait acheter les fleurs elle-même » (‘Mrs Dalloway said she would buy the flowers herself’) – finit par atteindre ce qu'il y a de plus grave et de plus enfoui dans la conscience de l'héroïne. Dans La Promenade au phare, le traitement du temps est tout aussi magistral : dans la partie justement nommée  « Le Temps passe », une vingtaine de pages raconte la fuite de dix années. Woolf utilise l'absence de tout être humain dans cette maison en bord de mer pour reconstruire le temps à travers quelques fragments de prose.

 

C'est aussi pour son écriture intrinsèquement féministe qu'il faut reconnaître Virginia Woolf. Dans Orlando, déjà, la question du genre est abordée à travers une construction et un langage radicalement fluides. Le personnage qui guide l'intrigue est un poète vivant pendant trois cents ans et qui, du masculin, passe au genre féminin. Les thèmes couverts par le roman sont, aujourd'hui, considérés comme fondamentaux aux études de genre. Moins poétique, peut-être, mais tout aussi poignant, l'essai Une Chambre à soi s'intéresse à la tragédie du génie bridé : celle de toute femme qui s'est vu renier le droit d'écrire et qui est devenue « une romancière perdue, une poétesse étouffée, une Jane Austen muette et inconnue » (‘a lost novelist, a suppressed poet, [...] some mute and inglorious Jane Austen’). Woolf y revendique la nécessité pour les femmes de pouvoir se hisser intellectuellement au même niveau que les hommes, et demande ainsi qu'on leur accorde non seulement la dignité requise pour cela mais aussi les mêmes droits en termes d'éducation, un revenu de cinq cents livres par an, et bien sûr, une chambre à soi.

En mars 1941, touchée par un nouvel épisode dépressif et fatiguée par cette maladie qui la torture depuis trop longtemps, elle remplit de pierres les poches de son manteau et se noie dans le fleuve qui borde sa maison du sud de l'Angleterre. Elle laisse derrière elle une lettre d'amour destinée à son mari, véritable chef d’œuvre littéraire, mais aussi des lettres plus secrètes, vestiges d'une aventure passionnée et non moins importante avec la romancière Vita Sackville-West. Écrivaine torturée, engagée, témoin de la vitesse qui secoue son époque et fine observatrice des remous de la conscience, Virginia Woolf a offert, à travers ses romans, de remarquer les frissonnements habituellement imperceptibles du quotidien. Elle a proposé de faire du langage un outil permettant de décrire avec précision l'expérience physique d'un mal de tête ou d'apprécier plus sincèrement le bruit des vagues – de raconter, en fait, ce qu'il y a d'insaisissable dans l'expérience subjective.

Source : L'Eléphant - la revue, 2019.

 

Bibliographie

Œuvres de Virgina Woolf traduites en français, par ordre chronologique de publication en anglais et avec mention de la première édition et traduction (de nombreuses ont suivi).
 

Romans

La Traversée des apparences (The Voyage Out, 1915), Le Cahier gris, 1948.

Nuit et jour (Night and Day, 1919), Catalogne, 1933.

La Chambre de Jacob (Jacob's Room, 1922),  Stock, 1942.
Mrs Dalloway (1925),
Stock, 1929.
La Promenade au phare (To the Lighthouse, 1927), 
Stock, 1929.

Orlando (Orlando, a biography, 1928), Delamain et Boutelleau, 1948.

Les Vagues (The Waves, 1931), Delamain et Boutelleau/Stock, 1937.

Flush, une biographie (Flush, a biography, 1933), Delamain et Boutelleau, 1935.

Années (The Years, 1937), Delamain et Boutelleau, 1938.
Entre les actes (Between The Acts, 1941), 
Éditions Charlot, 1944.

Recueils de nouvelles

Kew Gardens (1919), LGF, Le Livre de Poche/La Pochothèque, 1993.

Lundi ou mardi (Monday or Tuesday, 1921); LGF, Le Livre de Poche/La Pochothèque, 1993.

La Maison hantée (A Haunted House and Other Stories, 1943), Éditions Charlot, 1946.

Mrs. Dalloway dans Bond Street (Mrs. Dalloway's Party, 1973), LGF, Le Livre de Poche/La Pochothèque, 1993.

La Maison de Carlyle et autres esquisses (Carlyle's House and Other Skeches, 2003), Mercure de France, 2004.

Autres textes

L'Art du roman (Modern Fiction, 1919), Seuil, 1963.

Freshwater (1923), Des Femmes, 1981.

Essais (The Common Reader, 1925), Seghers, 1976.

Le Temps passe (Time Passes, 1926), Le Bruit du temps, 2010.

Une chambre à soi (A Room of One's Own, 1929), Gonthier, 1965.

De la maladie (On Being Ill, 1930), Rivages poche, 2007.

La Scène londonienne (The London Scene, 1931), Christian Bourgois, 1984.

Lettre à un jeune poète (A Letter to a Young Poet, 1932), Arléa, 1996.

Le Commun des lecteurs (The Second Common Reader, 1933), L'Arche, 2004.

Trois guinées (Three Guinees, 1938), Des Femmes, 1977.

La Vie de Roger Fry (Roger Fry: a Biography, 1940), Payot, 1999.

Pensées sur la paix dans un raid aérien (Thoughts on Peace in an Air Raid, 1940), Liberté, n° 278 (2007).

La Mort de la phalène (The Death of the Moth and Other Essays, 1942), Seuil, 1968.

Journal d'un écrivain (A Writer's Diary, 1953), Éditions du Rocher, 1958).

Instants de vie (Moments of Being, 1976), Stock, 1977.

Elles (Books and Portraits, 1978), Rivages poche, 2012.

Les Fruits étranges et brillants de l'art (Women and Writing, 1979), Des Femmes, 1983.

Journal (The Diary of Virginia Woolf, 1979), Stock, 1981.

Ce que je suis en réalité demeure inconnu : lettres, 1901-1941 (The Letters of Virginia Woolf, 1975-1980), Seuil, 1993.

Correspondance 1923-1941, avec Vita Sackville-West (The Letters of Vita Sackville-West to Virginia Woolf, 1984), Stock, 1986. 

L'Écrivain ou la Vie (Collected Essays, 2009), Rivages poche, 2008.

 

Les Rencontres de Chaminanadour - rencontres.chaminadour@gmail.com - 10, rue Joseph-Ducouret - 23000 Guéret

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